Annulation du basculement d'office d'un accident de service vers un congé de longue durée

Le Tribunal administratif de Toulouse, par une décision rendue le 8 avril 2026, a apporté des précisions essentielles sur la protection des agents publics victimes d'accidents de service. Le juge a censuré la pratique consistant à limiter arbitrairement la durée d'un congé pour accident de service pour lui substituer un régime de congé de maladie moins protecteur.
Le contexte : Une divergence sur l'origine des pathologies
L'affaire concernait une attachée territoriale occupant des fonctions de direction au sein d'un syndicat mixte. À la suite d'un malaise survenu lors d'une réunion de travail, l'administration avait initialement refusé de reconnaître l'imputabilité au service.
Après une première intervention du juge administratif en 2021, l'employeur avait finalement reconnu l'imputabilité, mais en limitant la période couverte à seulement huit jours. L'administration considérait que les arrêts de travail suivants, mentionnant un syndrome post-traumatique et des troubles anxieux, relevaient de la maladie ordinaire ou d'un congé de longue durée (CLD), et non plus des conséquences directes de l'accident initial.
Le raisonnement du Tribunal : La continuité du lien avec le service
La persistance du lien de causalité
Le tribunal a rejeté l'interprétation restrictive de l'administration. Il a souligné que même si les pathologies mentionnées sur les prolongations différaient légèrement du diagnostic initial (malaise), elles présentaient une nature et un lien de causalité direct avec l'événement traumatique survenu en service.
L'incidence d'un état antérieur
Un point juridique crucial a été tranché : l'existence chez l'agent d'un état antérieur de troubles anxieux n'est pas de nature à écarter l'imputabilité au service. Le juge a estimé que cet état antérieur n'était pas, à lui seul, le facteur déterminant de l'incapacité professionnelle constatée après l'accident.
Les conséquences de l'annulation pour excès de pouvoir
Le jugement prononce plusieurs annulations en cascade :
- Annulation de la limitation du congé : La décision mettant fin au congé pour accident de service après huit jours est annulée.
- Annulation par voie de conséquence : Tous les arrêtés subséquents plaçant l'agente en congé de longue durée (CLD) ou prolongeant ce statut à demi-traitement sont annulés.
- Injonction de régularisation : Le tribunal enjoint à l'établissement public de prolonger le congé pour accident de service sur une période de plus de quatre ans, avec toutes les conséquences de droit, notamment le rétablissement du plein traitement.
Portée de cette décision pour les agents publics
Cette décision rappelle que l'administration ne peut pas unilatéralement fragmenter le suivi médical d'un accident de service pour réduire ses obligations financières. Tant qu'une consolidation ou une guérison n'est pas régulièrement constatée, l'agent conserve le bénéfice du Congé pour Invalidité Temporaire Imputable au Service (CITIS) et le maintien intégral de sa rémunération.
Informations pratiques :
- Juridiction : Tribunal administratif de Toulouse
- Date de la décision : 8 avril 2026
- Matière : Fonction publique - Santé au travail


